mardi 24 août 2010

Lettre modèle

Madame, Monsieur,

Je vous informe par la présente de ma démission.
Cette décision ne fut pas aussi aisée qu'il peut paraître, j'ai comme tout un chacun les obligations inhérentes à la vie sur cette terre, à savoir assurer ma subsistance, celle de mes proches, me loger, me vêtir...
Bref toutes ces petites habitudes matérielles que le travail nous permet en nous rendant esclave.
Je suis conscient(e) que vous-même n'êtes pas épargné(e) par ces tristes préoccupations.
Les besoins sont en général d'autant plus grands que les revenus sont élevés, ce qui, vous le savez bien, est loin d'être mon cas.
Je sens poindre l'inquiétude de votre part, rassurez-vous l'objet de cette lettre n'est pas une demande d'augmentation.
Revenons à l'objectif initial, à savoir vous informer de mon départ.
Vous n'êtes pas, je le précise, l'unique responsable de cet état de fait, ce serait vous accorder trop d'importance.
Cependant je me vois obligé(e) de m'adresser à vous car manifestement vous êtes celui (celle) qui, dans ce que l'on nomme hiérarchie, à le privilège d'être informé(e) le (la) premier(e).
Je pars donc, au bout de tant d'années de bons et loyaux services jamais récompensés.
Pourtant Dieu sait que nous sommes nombreux à grossir vos rangs de notre sens du sacrifice et de l'abnégation.
Et cela en ayant exclusivement pour moteur notre fatigue physique, mentale qui nous maintient dans l'illusion que nous sommes présents pour une bonne raison...
La recherche perpétuelle du "plaisir du travail accompli".
Plaisir éphémère s'il en est, sachant que chaque "mission" est suivie d'une autre tout aussi absurde, un problème étant résolu qu'un autre se présente nous laissant sempiternellement dans le doute d'avoir effectivement trouvé la solution au premier.
Je le répète, je pars au bout de tant d'années... à me demander tous les jours ce que je foutais là.
Sans avoir même le "courage" d'être absent, oui, le courage de n'être pas présent(e) parmi ces personnes en souffrance, mes collègues.
Partageant avec eux cette même passion morbide pour le vide, observant d'un oeil distrait les stygmates que le labeur provoque sur nos visages, nous regardant vieillir les uns les autres, souffrant dans leurs vie, leurs corps... le travail volant parfois jusqu'à notre sommeil, seul refuge pourtant permettant encore de trouver un tant soit peu d'énergie.
L'énergie de nous contraindre encore à faire ce que l'on ne désire pas.
C'est donc avec joie que je me libère du joug qui me pèse et souhaite ainsi ouvrir la voie à ceux de vos employés muets, mais néanmoins rêveurs, gardant encore l'espoir d'être un jour heureux.
Je ne vous prie de rien, ma politesse à votre égard trouve ici sa fin.
                        
                                                                                                              Signature.